Suis-je une mauvaise yogini, docteur ?

25 Fév

J’aime trop les apéros et ne me lève jamais à 5h du matin pour méditer. Suis-je une mauvaise yogini, docteur ?

Il y a quelque jours, j’ai reçu un mail de la part d’une de mes adorables lectrices. Un passionnant email, qui m’a fait, comme chaque courrier que je reçois, un GRAND plaisir à lire et chaud au cœur.

J’ai décidé de répondre sous forme d’article, surtout dans le but de vous soutirer de meilleurs conseils que les miens et les lui transmettre.

Voici les tracas que Marie (nom changé) mère de 3 enfants, expatriée en Australie, prof de yoga à temps partiel, nous exprime dans son mail par rapport à sa relation avec le yoga.

J’irai donc droit au bout et me passerai des éloges qu’elle a fait sur mon blog (merci pour moi 😉 ! ) :

Je m’aperçois que j’ai de plus en plus de mal à pratiquer au quotidien, je ne ressemble pas à la « prof idéale » (…) et je culpabilise… Et ne me sens pas « digne » de continuer à donner des cours.

… On a tendance à croire que tous les profs de yoga se lèvent à 5h du mat, se contentent d’une tasse de thé (léger) pour le petit déjeuner, pris après au minimum 1h30 de pratique (méditation ou asanas ou mantras ou tout ensemble que sais-je ?)… Puis mangent vegan sans modération et surtout pas d’apéro le vendredi soir !!

Pas d’apéro le vendredi soir ? Alors, là… !

L’image d’un prof ou pratiquant de yoga toujours  » zen, hippie, peace and love  » est tellement ancrée dans l’imaginaire collectif que c’est… gonflant, énervant, ch**** ! (Vous voyez, comme nous ne le sommes pas toujours !).

Mais ça se comprend, si l’on cherche loin dans ses origines, un yogi, du point de vue hindou, est un ascète :  » une personne qui s’impose une vie rude et austère et qui pratiquerait le yoga avec foi dans le but ultime d’atteindre l’extase « .

D’accord, d’accord, mais nous, petits occidentaux, découvrant le yoga des milliers d’années après, à l’ère de Twitter et Pinterest… on est un peu loin, surtout coté souffrance ! (T’aimes ça, hein !?).

Rendez Vous Yoga - autoflagellation

Soledad Bravi

Le yoga, chacun le vit à sa manière. Nous l’avons adapté à notre époque, à notre contexte. Ça nous arrange et tant mieux !

Même en Inde, certains enseignants sont de véritables maîtres spirituels, d’autres sont simplement des professeurs de yoga, sans autre ambition que de proposer un bien-être mental et physique adapté à la vie actuelle.

Qu’est-ce que un bon yogi ?

J’aimerais entendre toutes les réponses possibles à cette question et savoir qu’est-ce qu’un bon yogi pour chacun d’entre nous.

Entretemps, voyons ce que *Mira Jamadi, professeure de yoga nous dit à juste titre sur le sujet :

Le yoga nous aide à accepter totalement qui nous sommes avec toutes nos qualités et tous nos défauts ET accepter les autres tels qu’ils sont avec tous leurs qualités et leurs défauts. Chaque être humain essaie de faire son mieux dans la vie et personne n’est parfait.

Personne n’est parfait… donc, non plus un prof de yoga !

Le yoga est acceptation.

Avec l’acceptation, on apprend à aimer ses démons au lieu de les combattre (j’adore les films d’horreur !), on apprend à se regarder avec ses qualités et ses défauts, à s’affirmer, à dire non, à être vrai, à se tromper, à relativiser… On apprend à être soi-même.  Wow, c’est ça être un bon yogi ?!

Je suis un bon yogi. Je suis un yogaholic.

Le yoga est une discipline très très particulière qui peut donner beaucoup mais aussi enfermer quelque part … Je me suis vue rester des journées entières chez moi seule parce que je DEVAIS pratiquer !! (Marie)

La pratique  » physique  » compte beaucoup. Pattabhi Jois, le disait :  » practice, practice and all is coming « .

Mais aussi, une grand partie du yoga se fait en dehors du tapis et c’est presque plus important que tout ! (On se fait une séance au bar du coin ?).

Quand la discipline devient une soumission, elle gâche la liberté. On ne devrait pas tomber dans une sorte de fanatisme où le yoga prendrait toute la place. Où l’on ne fait que pratiquer jusqu’en pleurer ou se péter les genoux.

Une pratique par semaine suffirait pour trouver paix intérieur et la partager autour de soi.

En Occident, nous sommes encore trop dans l’aspect physique des postures, on surenchère sur la performance, on fait des rock stars de yoga. On créé des réseaux sociaux pour montrer des clichés des postures les unes les plus impressionnantes que les autres… C’est bien joli tout ça, mais sincèrement… Ne s’exerce t-on pas rien qu’en respirant, en toute humilité ?

Dans le yoga il n’y a pas de compétition ni avec les autres, ni avec nous-mêmes. Il faut le vivre comme une source de joie, de bien-être, de LIBERTÉ !

Alors, Marie, si même quelques minutes de pratique suffisent, pas besoin de rester enfermée chez toi et d’échapper aux apéros de vendredis soir !

Manju Jois nous le dit très clairement :

Don’t take anything seriously, too much guilt everywhere, no need. Don’t force yoga, you feel like a day off take a day off, mind and body need to work together, too many people make themselves miserable (forced yoga, no coffee, brown rice…)

Fantaisie vs Réalité.

Je connais beaucoup de profs qui vivent seuls, sans femme/mari et sans enfant. Cela voudrait-il dire qu’il faut faire un choix et que la vie de famille et tout ce qui incombe ne serait pas forcément compatible avec la pratique du yoga ? (Marie)

Personnellement, je connais beaucoup de profs et pratiquants de yoga en couple et avec enfants. (Ça arrive aussi !).

Il est vrai que quand on a une famille avec des enfants à gérer, tout activité extra familiale, devient presque incompatible, difficile. Un luxe.

Rendez Vous yoga - Fantasy-reality-yoga

Oui, dans la vie il faut faire des choix, si possible en fonction de ce qui nous rend heureux. Mais, je ne pense pas que le yoga impose particulièrement la solitude pour le vivre pleinement. Le yoga ne peut nous imposer de rester seuls ou accompagnés.

Aujourd’hui je suis avec mon compagnon et mon chat, pas toujours facile à gérer ces deux là, mais ça va, jusqu’ici ils sont compatibles avec ma pratique.

Des fois, je me prends des longues pauses. Je m’autorise à ne pas pratiquer, à ne rien savoir sur le yoga… puis, le yoga me fait signe pour revenir et je reprends. Naturellement. Quand on est piqué par cette bête, c’est trop tard pour un vaccin !

Alors, suis-je une mauvaise yogini, docteur ?

Un prof de yoga est loin d’être parfait, souvent il est loin de se sentir digne d’être considéré comme tel, car il est comme tout le monde immergé dans des questionnements, car il essaie chaque jour, comme chaque être humain, de devenir une meilleure personne. Il ne l’est pas encore.

Enfin, que dit le docteur ?

Plus on est en harmonie avec soi-même, plus on aime qui on est, plus on est dans le pardon, plus on est compatissant envers soi-même, meilleur guide de yoga on sera (Petit Scarabée !). Mais également une meilleure personne au quotidien avec ses enfants, sa famille, ses parents, ses amis, ses chats et ses prochains.

Alors, après tout, veux-tu nous donner un cours Marie ?

Et vous ? Que diriez-vous à Marie, elle attend vos conseils ? Êtes-vous plutôt yogaholic ou yogapéroholic ? 😉

*Pour l’intégral de l’entretient « Mira Jamadi, une prof pas comme les autres » visitez Le blog d’Aleksandri de la Bulgarie. comme toujours très frais et sympathique !